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Archive pour décembre 2008

Hamida Mentoufa prend l’avion pour Paris…

Mercredi 17 décembre 2008

Prospèrematozygomatique ! Bon, ça c’était pour le syndrome de la page blanche. Hamida Lamèche s’est libérée, le temps d’une quinzaine de jours, de ses libertés conditionnées pour s’accorder un voyage en France et comme vous (je sais) ; je n’ai jamais pensé trouver Hamida et France dans la même phrase. Tout a commencé au consulat ! On lui a donné RDV à 10h, elle s’y présente à l’heure avec un cortège surchargé de convocations et de photocopies. Durant ses 28 ans d’existence, Hamida a du se coltiner ‘‘Les français sont super ponctuels’’ un million de fois… Mais oui bien sûr : Les français sont super ponctuels mais pas au Maroc, ce n’est qu’à 13h30 qu’on s’apprête à la recevoir… avant de se payer sa tête avec une imprenable pause déj’ ! Une heure plus tard, la décoiffée est conviée à se présenter avec ses cernes au guichet 6. ‘‘Qui êtes vous ?’’ demande l’employée du consulat qui porte un joli décolleté tellement imprenable que Hamida a l’impression de s’entretenir avec un french corset. Le pire, c’est que l’entretien est filmé (je vous laisse imaginer sa gueule au zapping) !!! H : ‘‘Je suis Hamida Laâmech madame’’. L’employée entrain de vérifier les papiers : ‘‘Okey, mais vous faites quoi ?’’. Hamida (toujours en fixant le divertissement) : ‘‘Je réponds à vos questions madame !’’. L’employée : ‘‘pas maintenant, dans la vie’’. H : ‘‘Ah, je suis dans un centre d’appels à quart de temps et les autres 3 quarts, je publie mes mémoires… parfois, c’est réversible et cumulable’’. L’employée : ‘‘Pourquoi vous voulez aller en France ?’’. H : ‘‘Pour visiter madame’’. L’employée : ‘‘Et connaissez-vous du monde là-bas ?’’. H : ‘‘Ben, ma mère est française’’. L’employée : ‘‘Elle fait quoi votre maman ?’’. H : ‘‘Elle est morte madame !’’… L’employée ne sait plus comment réagir et lui explique de repasser le lendemain. En début de soirée, Lamèche reçoit un appel : ‘‘Mademoiselle Hamida, votre dossier est incomplet, il nous faut vos attestations de travail, vos attestations de stage, vos diplômes si vous en avez, vos contrats et vos justificatifs de salaires, RDV demain à 11h’’. Après avoir remué ciel, mer et terre, Toufa se ramène alors avec 2 bagages surchargés, le premier de documents originaux et l’autre de copies, cette fois la ponctualité est de mise et le visa de Hamida aussi, ouff ! Lady Mentoufa troque sa naïveté contre le 3ème bagage qui sera son partenaire de voyage ! 24H après, notre amie se pointe à l’aéroport avec ses lunettes noires ‘‘Debbana’’, au guichet de Gadget For You. ‘‘Bonjour, je veux m’envoler vers Paris’’. La guichetière : ‘‘Oui madame, y a un vol dans une heure et demi à 217 €’’. H : ‘‘okey, mais je veux une place assise ?!’’. La guichetière : ‘‘euh ouais bien sûr !’’. H : ‘‘ça dure combien de temps le vol ?’’. La guichetière : ‘‘2H45 madame’’. H : ‘‘ayye ! et si je prends la 1ère classe, c’est plus rapide ?’’. La guichetière : ‘‘euh oui bien sûr, mais on fait pas la 1ère classe dans notre compagnie’’. H : ‘‘Même si j’ai le Visa ? juste pour info’’ […]  H : ‘‘bon, un billet pour 1 personne svp’’. Hamida enregistre ses bagages puis embarque après un tour au duty free shop histoire d’apporter un présent à la seule personne qui a daigné l’héberger (pour les 3 premières nuits) alors que notre chipie à au moins une dizaine de copains et de cousines à Paris. Hamida ne sait pas si elle peut généraliser mais elle trouve les avions ‘‘Gadget For You’’ biscornus ! De part leur petitesse d’abord (ils ont en tout cas bien choisi le nom), on dirait presque l’intérieur d’un car CTM (Volant) avec des vitres en plastoc, et ensuite de part le comportemental de l’équipage ; la chef de cabine parle souvent un français… expérimental à connotation suggestive. Hamida Mentoufa est paranoïaque, elle se dit que toutes les hôtesses de l’air sont des stagiaires et que tous les passagers sont des cobayes, la réflexion Hamidienne est poussée loin au point d’envisager que le pilote est un mineur ! Mais la phrase la plus amusante en avion selon Mida reste : ‘‘Conformément aux désagréments de votre embarquement, nous allons désinsectiser l’avion !’’ Super sympathique, ça te plonge directement dans la discrimination positive. L’engin décolle pas trop mal, destination França ! 

Lamèche a déjà pris l’avion une fois ou deux mais il y a longtemps et avec une autre compagnie aérienne reconnue qui ne manque pas d’air. Manquer d’air, c’est justement ce que redoute la miss… La problématique sociologique et aéronautique dont souffre Hamida (et qui peut se répercuter sur les passagers aussi bien que sur vous-autres lecteurs) peut se définir comme la peur d’avoir peur des cheveux d’un groupe de personnes dans un espace confiné ! Oui, c’est symptomatique et conceptuel… Il s’agit d’un dysfonctionnement qui touche 2,2% des personnages de chroniques cultes surtout en période de crise. Donc Hamida Mentoufa panique dès qu’elle est dans un bus bandé ou dans une minuscule salle de ciné pleine car elle ne supporte pas d’être très proche d’une masse de chevelures inconnues. Dans le jargon, on appelle ça ‘‘L’agoraphobie capillaire’’, ‘‘Capillagoraphobie’’ pour les intimes… comme si les grenouilles avaient des poils ! (on se comprend ?). Cet imbroglio valétudinaire se transpose sur notre princesse à travers des bouffées de chaleur et des saignements de nez chaque dix minutes. D’autant plus que dans ce petit 737-400, Hamida a l’impression d’être installée dans un ‘‘F 16’’ avec 186 colocataires (comprenez 186 Tissouwa’s)! Après quelques allers-retours aux bathroom, la patiente décide de surmonter son mal en tentant quelque chose d’enivrant en total synchro avec l’hôtesse qui arrive : ‘‘Vous êtes sûres que tout va bien ? vous avez besoin de quelque chose ?’’. H : ‘‘Oui, est-ce que vous servez de l’alcool svp ?’’. L’hôtesse : ‘‘On a des bières sans alcool madame !’’. H : ‘‘D’accord, donnez-moi alors ces bières-là et rajoutez-en un peu d’alcool’’. L’hôtesse : ‘‘Euh, madame, c’est la 1ère fois que vous prenez l’avion ?’’. H (avec un kleenex entre les narines) : ‘‘un avion low-cost oui !’’. L’hôtesse : ‘‘je vous apporte une tisane, ne bougez-pas’’… Zouina had ne bougez-pas !!! Comme si elle pouvait gambader, descendre de l’avion faire du shopping ou jouer à un cache-cache dans ce couloir de 85m² ! Une fois la tisane sirotée, Hamida bergueg ses deux voisins de voyage et se rend compte qu’il s’agit d’un barbu et d’une voilée avec un bébé (imberbe quand même sinon pas crédible). Lamèche a vachement culpabilisé en rembobinant la demande de l’alcool de tout à l’heure et son dérangement régulier relatif à ses saignements. Soudain, le bébé commence à composer des symphonies gutturales avec ses cordes vocales. Le stoune c’est qu’il a fait cacabouda dans ses couches et tenez vous bien, la maman est tellement compréhensive qu’elle se met tout de go à les lui changer ! Waaaaaaaaaaaaa3… même l’odeur est low-cost. Hamida simule une pause capillagoraphobique pour apostropher la chef du cabinet ‘‘Madame, êtes-vous sûres que cet avion part à Paris ?’’… ‘‘Oui, tout à fait’’. H : ‘‘Parce que je m’ennuie un peu’’. La chef : ‘‘Je vous offre un saut à l’élastique ?’’. – hahaha drôle d’humour – H : ‘‘LOL, c’est gentil. Offrez-vous de l’élastique pour votre tignasse plutôt’’ […] H : ‘‘éh en fait, je peux visiter le cock bite ?’’. La chef : ‘‘LE QUOI ?’’. H : ‘‘le truc là, la queue du pilote et du copilote !’’. La chef : ‘‘Ah je vois, c’est interdit en plus maintenant ils sont en repos, c’est l’automatique qui pilote… et ça s’appelle un cockpit madame, veuillez vous rassoir !’’. En retournant à sa place, elle croise des décors fchkel… du style un moustachu entrain de lire Al Massae en buvant un Ness-ness, un lunetté entrain de démonter son téléphone portable avec un tourne vice, la voilée qui change encore les couches. Il y avait même vers la carlingue une Hajja entrain de vendre des casse-croûtes aux œufs tartinés à l’huile tout en épluchant du concombre ! Waaaa3, ce n’est même pas un avion imprenable, c’est un Moussem ! La tisane fait diversion et surtout fait son effet, Hamida Mentoufa bite un som’ (euh pique un som’ pardon). La voix off annonce l’arrivée à Paris Orly dans 15 minutes indépendamment des embouteillages, la ville lumière transparait sa grâce via les vitres en plastoc, le Moussem est clôturé par un atterrissage réussi, les colocataires applaudissent (c’est bête pourquoi applaudir le pilote, il a fait des études pour ça, vous applaudiriez un plombier après avoir réparé votre tuyauterie ? quoique). Hamida est ravie d’arriver enfin en France, à Paris, elle quitte l’appareil avec le sourire aux oreilles et le sparadrap au nez. Elle bipe son papa resté à Casa histoire de signaler son arrivée puis commence à dessiner un semblant de programme pour son séjour imprenable en se rendant compte qu’elle n’a aucun repère et aucune réservation… Au moment de l’attente des bagages, elle croise l’équipage de l’avion qui défile (les hôtesses de l’air, les stewards, la chef de cabine et le copilote) escortant le plus haut gradé, le pilote… un jeune garçon de 13 ans ! 

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